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Marathon du MontSaint-Michel
42,195 Kilomètres...Mon 1er Marathon




Nous sommes le 17 juin. La température et limite caniculaire. C’est pour cette raison que l’organisation a décidé, pour le première fois depuis la création du Marathon du Mont Saint Michel, de donner le départ à 17 Heures.
16 Heures

Je rejoins, comme c’est conseillé, 1 Heure avant la course, la ligne de départ.
J’ai chaud, je suis fatigué car la nuit a été très courte (j’ai dû dormir en tout et pour tout environ deux heures). Mais au fond, cette fatigue me sert bien au départ car elle m’empêche de trop angoisser. Quoi que, je rumine beaucoup, surtout que j’ai pas mal de temps : le départ n’est que dans une heure.
La ligne de départ est une ligne droite de près de 500 Mètres. Sur la droite, il y a le complexe sportif de Cancale, sur la gauche un lotissement avec de grandes haies de conifères. Une rangée d’arbustes longe le complexe sportif : Idéal pour se mettre à l’abri du soleil. Il n’y a pas encore trop de monde d’arrivée et il reste quelques places. Alors j’en profite pour me mettre à l’abri et m’asseoir pour me fatiguer le moins possible vu mon état de fatigue général bien avancé.
Mais je ne garderai de cet instant qu’une seule image :
Si j’avais pu avoir mon appareil photo ce jour-là, vous auriez vu une rangée de coureurs alignés le long des haies à pisser ce qu’ils viennent de boire.
Comme tous les autres, je vais rester la près d’une heure et je ne ferai que deux choses :
Boire et pisser.
Objectif : S’hydrater le mieux possible. Alors je bois, je pisse, je bois, je pisse, je bois jusqu'à avoir une urine la plus blanche possible, signe d’une très bonne hydratation.

16 Heures 45
Comme tous les concurrents, je rejoins la ligne de départ et je me place près du ballon vert signalant 4H. J’estime mon temps de course à 4 heures vue mes performances à l’entraînement, mais je n’en oublie pas pour autant l’objectif le plus important : finir les 42 KM 195.
Il fait très chaud, on est en plein soleil et cerise sur le gâteau : on est serré comme des sardines. La tension monte de plus en plus, et je passe maintenant mon temps à tout vérifier et à re-vérifier : laçage des chaussures, cardio-fréquencemètre bien positionné, casquette bien serré, chrono près à démarrer, barre énergétique 1..2..3..4 (une pour tous les 10 kilomètres).
 
16 Heures 57
Sur un air de musique bretonne, le speaker annonce le départ « dans trois minutes ».
L’excitation est générale. Certains se crispent d’autres, au contraire rigolent, certains même chantonnent. Moi je suis ému de me retrouver là parmi ces gens pour courir cette distance mythique
Du Marathon : 42 Km 195.

17 Heures
Le départ est lancé. Les premiers s’élancent. L’excitation est totale. L’émotion me submerge, je me mets en marche, la larme a l’œil. On est plus de 5000 coureurs au départ. 3 minutes plus tard, Je passe enfin la ligne de départ : ça y est la course est lancée.
 Il y a une foule monstre de chaque côté de la route. J’essaie de me frayer comme tout le monde mon chemin. On avance doucement, tellement doucement que je me ravise et je décide de rejoindre le ballon violet des 3 h 45 ( « je peux le faire »). J’accélère alors le pas, je zigzague entre les concurrents. En moins de 500 mètres, je suis collé au porteur du ballon « 3 Heures 45 » : je ne le lâcherai plus pendant un bon bout de temps. Au deuxième kilomètre, on aperçoit sur notre gauche ce que nous sommes tous venus chercher ; le précieux, le magnifique, notre Graal : le Mont-Saint-Michel. Il est beau, très beau mais tout petit, pas plus grand que ma main. Mais bon, surtout ne pas y penser.
Cette fois c’est sûr la course est vraiment lancée.

Au kilomètre 5 arrive le premier ravitaillement. Le porteur du ballon nous donne quelques consignes : « ne vous précipitez pas, prenez une bouteille d’eau, buvez 2,3 gorgées et aspergez-vous le crâne et les cervicales avec le reste. Ne buvez pas trop. »
Je suis toutes ces recommandations à la lettre… Enfin presque. Disons que je me jette sur les bouteilles d’eau et je repars en trombe récolter mon ballon. Je bois 3 gorgées et je m’asperge avec le reste. Ah le bonheur ça fait vraiment du bien sous cette chaleur. Allez on imprime bien le pas et garde cette vitesse la plus constante possible pour avoir un rythme cardiaque stable (ça permet une dépense d’énergie et une fatigue moins importante).

Les spectateurs sont vraiment très nombreux à nous applaudir les premiers kilomètres. Je suis heureux, je me sens bien, je suis fière d’être là et fière de moi, j’aurais presque le sentiment d’être un héros tellement les gens sont heureux de nous voir passer.

Au kilomètre 10 nouveau, ravitaillement. Mêmes consignes et même procédure, à la seule différence près que cette fois je m’alimente en  mâchouillant temps bien que mal une barre  énergétique Isostar Goût multi fruit. (Les Barres High Energy contiennent un mélange de glucides simples et complexes, qui apportent de l’énergie rapide lors d’efforts intenses et soutenus, et de l’énergie plus progressive, pour reconstituer le stock d’énergie glucidique. Elles sont riches en vitamines).

Dans tous les villages que nous traversons, il y a toujours un groupe ou un musicien isolé pour nous encourager. Alors nous aussi on applaudit et comme on est poli, on dit aussi merci.



Les kilomètres défilent doucement mais sûrement. Nous sommes au Kilomètre 15 et je me sens parfaitement bien : bien dans ma tête bien dans mon corps.

Ça y est on entre au Vivier sur mer. Il y a foule sur les trottoirs. Ici une petite récompense m’attend : Ma mère ma sœur et ma tante sont là pour m’encourager : aller Fabrice, c’est bien continue, bravo. Elles sont contentes, mais l’une d’entre elles a le sourire tendu : ma mère qui s’inquiète pour moi et qui ne veut pas qu’il m’arrive quoi que se soit. Mais j’entends bien aller au bout et lui montrer qu’elle a tort de s’inquiéter. Alors je lui fais un petit signe de la main pour lui dire que ça roule et que tout ira bien.

Kilomètre 21. Nous sommes à la moitié de la course. Je passe dans les délais, je suis toujours collé au porteur du ballon et je me sens bien. Mais pour moi ici commence vraiment la course. Je n’ai jamais couru plus de 24 Kilomètres. Je rentre donc dans l’inconnu. A ce moment-là, la pression monte. J’écoute les conseils de mon porteur de ballon. Je souffle bien, je me détends les bras, la nuque.

Je commence à avoir les jambes un peu lourdes, je souffle de plus en plus, mon rythme cardiaque s’accélère. J’ai du mal à suivre le rythme.

Kilomètre 30 nouveau ravitaillement. Il tombe bien celui-là, car j’ai très soif. Je repars avec le ballon pour la dernière fois.

Je commence à avoir les jambes très lourdes, je souffle de plus en plus, mon rythme cardiaque s’accélère. J’ai de plus en plus de mal à suivre le rythme. Kilomètre 31, le rythme est trop soutenu pour moi, je n’arrive plus à suivre, alors je décroche. Le moral est au plus bas, je n’ai plus de jus et en l’espace de quelques secondes, le ballon s’éloigne sans moi. Je n’arriverai pas en 3 Heures 45 et je ne serai pas non plus au Mont près du ballon avec lequel ma mère m’avait vu 1H plus tôt. L’angoisse pour ma mère. La galère pour moi ne fait que commencer. J’ai le sentiment d’avoir donner un grand coup de frein, je fais du surplace la tête tombante, les jambes bouillantes et dures. Mais je suis loin d’être à plaindre. Une Homme s’écroule de fatigue devant moi. 2 secondes plus tard c’est une femme, les jambes coupées que s’effondre. 50 mètre plus loin un coureur, le regard vide marche a contre-sens. Je l’agrippe et je le retourne dans le bon sens : l’arrivée c’est par là.

 

C’est dur très dur. Il me reste près de 10 kilomètres à parcourir. Le Mont est là tout proche et loin à la fois car on ne fait que zigzaguer : 1 kilomètre, virage à gauche, 1 kilomètre, virage à droite. La fin va être interminable.

Mais les kilomètres avancent quand même et me voilà au 38e Kilomètre.
Pont De Beauvoir, une foule nous attend, ça fait du bien. J’aborde enfin la dernière ligne droite. Le Mont-Saint-Michel est face à moi au bout d’une ligne droite de 4 kilomètres interminables. Je donne tout, je suis excité et vraiment pressé de passer cette ligne d’arrivée. Mes foulées sont de plus en plus grandes, Le souffle court, je double les concurrents un par un. Kilomètre 42, encore 200 mètres. Ma famille est là sur le bord de la route « allez Fabrice allez ». Je suis à bloc je donne tout vraiment tout.



Je foule le tapis rouge: 42 Kilomètres 195 : 3 Heures 53 minutes et 52 secondes. Le Mont-Saint-Michel est à moi.
L’émotion est trop forte : je pleure de bonheur.

Je suis un Marathonien.