page-accueil page-courses page-sclerose page-arsep page-parrainage page-contact


Marathon du Mont Saint-Michel
Au pied de la Merveille



Nous sommes le 9 juin 2007. Le temps est magnifique et la chaleur est encore au rendez-vous pour cette 10e édition.

Je m’apprête à courir mon second Marathon. Et cette fois, j’ai réussi à motiver Cricri, lui qui rêvait aussi un jour, de courir un Marathon.
Je me sens bien ; la nuit a été bonne, le moral est au beau fixe, la préparation physique s’est déroulée sans bobos (j’ai repris le même plan d’entraînement que l’année précédente puisque celui-ci m’avait réussi ; alors pourquoi changer !). Mais cette fois, je connais la distance et les difficultés du parcours. Je me connais mieux physiquement et mentalement, Je sais aussi mieux gérer mon alimentation (ce qui m’avait fait défaut l’année précédente), je suis plus affûté (j’ai passé l’hiver à boxer en salle) et j’emmènerai avec moi du liquide isotonique (mélange d’eau et de maltodextrine), qui me permet de boire quelques gorgées entre deux ravitaillements.

C’est année, pour les mêmes raisons que l’année précédente, le départ sera donné à 17H30.

Il est près de16H45 lorsque nous arrivons à Cancale. Seulement voilà : la route qui mène a la ligne de départ est fermée. Coup de panique. Il faut faire un détour par la campagne, mais seulement on n’est pas les seuls. Tous les concurrents qui arrivent font eux aussi le détour. Résultat : sa bouchonne. On avance au pas ; l’heure tourne à grande vitesse et l’on est très loin de la ligne de départ. Alors, par précaution, on décide avec Cricri de s’habiller dans la voiture; histoire de ne pas perdre de temps à l’arrivée car on doit rejoindre la ligne de départ à 17h15 dernier carat.

17H10. On est toujours dans les bouchons, mais la ligne de départ n’est plus qu’à 500 mètres. Allez, on sort de la voiture. On finira le reste à pied. Au pas de charge, on file rejoindre la ligne de départ. 17H15, ça y est, on est arrivée. Ouf ! On va enfin pouvoir sa détendre. Encore faut-il se frayer un chemin, car tous les concurrents sont déjà placés sur la ligne de départ : 4790 coureurs près à se lancer à la conquête du Mont-Saint-Michel.
On se place tous les deux près du ballon violet signalant 3H45.
3H45 c’est mon objectif cette année. Cricri lui, vise les 4H en dehors du fait que notre principal objectif est de boucler les 42Km195.

On est serré comme des sardines. La tension monte de plus en plus, et je passe maintenant mon temps à tout vérifier et revérifier : laçage des chaussures, cardio-fréquencemètre bien positionné, casquette bien serrée, chrono près à démarrer, barres énergétiques 1..2..3..4..5..6..7..8 (une pour tous les 5 kilomètres).
 
17 Heures 27
Sur un air de musique bretonne, le speaker annonce le départ « dans trois minutes ».
L’excitation est générale. Certains se crispent, d’autres au contraire, rigolent, certains même chantonnent. Nous on s’encourage, le sourire à lèvre.

17 Heures 30
Ça y est. Le départ est donné. Les premiers coureurs s’élancent. L’excitation est totale. Avec Cricri, on se met en marche. 2 minutes plus tard, on passe enfin la ligne de départ. Une tape dans le dos :
 -«Allez Cricri prend bien soin de toi, on se retrouve à l’arrivée»-
Et c’est parti.
Il y a une foule monstre de chaque côté de la route. Les spectateurs applaudissent et nous lâchent des cris d’encouragement.
J’essaie de me frayer comme tout le monde mon chemin. On avance vraiment doucement, très doucement.
Alors au bout de 500 mètres, j’en profite pour faire un arrêt pipi. Je vois Cristophe passer dans la mêlé.
Dernière goûte et je repars. Quelques mètres plus loin je rejoins Cricri :
-«Allez, on se retrouve au Mont, dans quelques heures. Bonne course »-

Au premier kilomètre la première difficulté : une bonne côte de 3 bornes. Il faut monter tranquillement, imprimer progressivement sa foulée. Cette course, je veux la faire seul, à mon rythme, une fréquence cardiaque régulière, de la patience et une tactique simple : avoir toute la course de bonnes sensations.

Au kilomètre 4, j’amorce la descente jusqu’au premier ravitaillement. De l’eau sur le tête et les cervicales et l’on reprend son rythme, tranquillement.
La foule de coureurs est maintenant beaucoup plus étirées. Plus besoin de zigzaguer entre les concurrents pour ne pas perdre son rythme de croisière.

Nous sommes maintenant au kilomètre 8, à Saint Benoît des Ondes. Il y a ici (comme il y aura tout le long du parcours), un groupe de musicien pour nous encourager. Alors on applaudit et comme on est poli, on dit aussi merci.

Kilomètre 15. On entre au Vivier sur mer. Il y a foule sur les trottoirs. Ici une petite récompense m’attend : Ma mère ma sœur et ma tante sont là pour m’encourager. Elles ont gardé le même emplacement que l’année précédente, alors je les repère vite. Seulement, eux, ne m’ont pas vu arriver : surprise. Une bise, un sourire et je repars.
Ca fait plaisir tous ces encouragements.



Kilomètre 19. A l’entrée de Cherrueix, je marque un petit temps d’arrêt : c’est la pose pipi.
Et je repars. Il fait chaud… Les villageois nous arrosent au jet d’eau, les spectateurs scandent nos prénoms affichés sur les dossards, c’est agréable…

Kilomètre 21. Il est  19h16. Le semi est avalé en une 1h 46min et 45sec. A cette allure, je tiens bon mon objectif des 3h45.

Kilomètre 25. Nous voilà a la Chapelle Saint Anne: c’est parti pour les polders…La partie la plus difficile de l’épreuve. Pour moi c’est sur la course se joue maintenant. Le terrain est accidenté et la route étroite. Il faut réussir à passer ces 5 kilomètres sans se blesser et en gardant son allure.

Kilomètre 29. Je sors des polders sans problème et cerise sur le gâteau : j’ai maintenant devant moi un groupe de coureurs…Et le ballon bleu des 3h30!. Je doute un peu et je me dis que je vais probablement un peu trop vite. Mais je me sens parfaitement bien et j’avais bien décidé de mener ma course. Je continue donc sur ma lancée.
Je passe rapidement le ballon bleu et je file vers le prochain ravitaillement.

Kilomètre 31. Les 4 Salines. On y est : L’année dernière, à ce niveau de la course, le rythme était trop soutenu pour moi, je n’arrivais plus à suivre. Le moral était au plus bas, alors j’avais décroché.
Mais cette fois la situation est bien différente. Je n’ai pas cessé de m’alimenter tout au long de la course et je suis bien hydraté. Je me sens aussi bien physiquement que moralement.
Je ne ressens absolument pas cette barrière si connue des Marathoniens : le 30e Kilomètre.
Alors cette fois c’est décidé : j’attaque. Je sors mon lecteur MP3, J’ajuste mes oreillettes et c’est parti.
J’accélère ma foulé et je me concentre sur ma respiration.
J’avale les Kilomètres.

 

Pont De Beauvoir, Kilomètre 38. La foule est au rendez-vous. J’amorce la dernière ligne droite. Je viens à peine de passer la barre des 3h et le Mont-Saint-Michel me fait déjà fasse :
-«C’est un truc de dingue. Je vais faire un chrono de malade !»-
Je monte le son de mon MP3 à fond. Je respire à plein poumon. Je suis à bloc. Je donne tout et je double les concurrents un par un.

Kilomètre 42. Je cherche du regard ma famille qui doit être présente sur le bas-côté. Mais je ne vois personne et je n’entends rien d’autre que U2 à fond les bananes dans les oreillettes. Je suis dans ma bulle et je foule enfin le tapis rouge…Sur un nuage !

Les photographes sont là. J’explose de joie :
3 H 23min et 25 sec. Nouveau record. J’améliore mon chrono de plus d’une demi-heure. J’ai beaucoup de mal à réaliser. Moi qui visais les 3h45, je n’aurais jamais pensé une seconde faire 3h30. Alors 3h23…Vous imaginez!



Je suis un homme heureux, tellement heureux que j’en prends très vite une résolution. C’est décidé : j’arrête de fumer. Je me jure qu’à compter de cet instant, je passerai du goudron de la nicotine au goudron du macadam.